Histoire

Un territoire immense : 435 kilomètres carrés La plus grande municipalité de la MRC de Kamouraska, celle de Mont-Carmel érigée en 1855, est constituée au départ d’une partie des seigneuries de Saint-Denis, Rivière-Ouelle, Kamouraska et du canton de Woodbridge. En 1972, s’y ajouteront les cantons Painchaud et Chapais et une partie de celui d’Ixworth qui lui donneront ses dimensions actuelles. En effet, la paroisse a été taillée dans les seigneuries de la bouteillerie (Rivière-Ouelle), de Saint-Denis et de Kamouraska, et dans une partie du canton Woodbridge. Le fief et la seigneurie de Saint-Denis ont contribué pour la plus grande part, fournissant, sur toute sa largeur, un territoire d’environ dix milles et demi de profondeur; de Saint-Pascal (seigneurie de Kamouraska et canton woodbridge), on a détaché plus des trois quarts de l’actuel quatrième rang, du rang de l’église et du petit bras est; quant à la seigneurie de la Bouteillerie, elle a donné environ la moitié du rang de la montagne, du petit bras ouest et du sixième rang au moment de l’érection de la paroisse; un second dénombrement en 1908 a de nouveau agrandi les limites de Mont-Carmel aux dépens de la même seigneurie.

Les origines de Mont-Carmel remontent à la première moitié du XIXe siècle. Le domaine agricole des vieilles paroisses riveraines était surpeuplé et il ne suffisait plus pour absorber une population qui s’accroissait à un rythme très rapide; aussi les fils des cultivateurs devaient quitter le foyer paternel pour trouver ailleurs la terre nourricière. Un certain nombre d’entre eux se fixèrent sur le domaine forestier de la bordure des Appalaches; le progrès du défrichement amena le peuplement progressif des concessions de l’intérieur, suivi de la fondation de nouvelles paroisses. Il n’en fut pas autrement pour Mont-Carmel.

Les premiers habitants

Un plan de la seigneurie de Saint-Denis fait en 1916 mentionne dix-huit terres concédées sur le cinquième rang et dix, sur le sixième(il s’agit du bas de la côte et du village actuel). D’après une certaine tradition orale, que ne contredisent pas les documents écrits, le premier habitant de Mont-Carmel serait François Lebel, décédé en 1853, qui, le 26 mars 1814, se faisait concéder une terre au bas de la côte du village. On peut affirmer que le peuplement de Mont-Carmel, commencé avant 1840, fut très intensif aux environs de 1850.

Néanmoins, en 1842, monseigneur Signay, administrateur du diocèse de Québec a écrit qu’il y a 10 ou 15 familles d’établies au-delà de la limite sud de la nouvelle paroisse de Saint-Denis, en cette « concession de la Rivière-Ouelle appelée le Grand Bras ». Il faut noter qu’à ce moment-là, les termes Liche-pain ou Grand Bras désignaient le bas de la paroisse, non le rang qui a porté ces noms par la suite.

À partir de ce moment, le nombre d’habitants progresse assez rapidement puisqu’en 1860, le premier prêtre-résident dénombrait cent une familles et six cent vingt-cinq âmes. La plupart de ces colons provenaient des paroisses « d’en bas », c’est-à-dire Rivière-Ouelle Saint-Pacôme, Saint-Denis et Saint-Louis et Saint-Pascal.

Une chapelle en bois est érigée, en 1849 et l’église actuelle, en pierre prise au 4e rang et au rang de la Montagne, fut construite en 1906 selon les plans des architectes David Ouellet et Pierre Lévesque. Il faudra attendre quelques années avant que la paroisse n’obtienne un prêtre résident en 1859. L’érection canonique, elle, aura lieu en 1867 sous le vocable de Notre-Dame-du-Mont-Carmel.

 

Historique du Lac de l’Est

Kyjemquispam, prononcez couiemcouispam, vous connaissez? Ce nom, qui apparaît entre autres sur une carte de 1944 conservée à la Municipalité, serait composé de « quispam », associé à « gaspem » qui veut dire « Lac » en dialecte micmac, et de « kyjem » qui, nous le supposons, veut dire « est », d’où l’appellation « Lac de l’Est ». Situé au-delà des terres défrichées de Mont-Carmel, avantagé par d’immenses forêts et un lac majestueux long de huit milles (13 km), longeant les côtes américaines, ce territoire possède de nombreuses rivières et ruisseaux adjacents.

 

Le Lac de l’Est fut d’abord et avant tout un centre d’opérations forestières. Il contribua à l’essor de la Municipalité en fournissant ainsi matière à gagner pour les citoyens. Qui parle « opérations forestières » parle aussi d’occupation des lieux. Vers 1860, les travailleurs, surtout des jeunes de Mont-Carmel, de St-Pacôme et autres paroisses environnantes, se rendaient à pied jusqu’à la rivière St-Jean située à huit milles du Lac de l’Est, pour y bûcher, haler et draver le bois.

Ainsi, dans son rapport pour 1867-1868, le curé de Mont-Carmel écrit que 20 à 25 jeunes gens sont partis l’automne pour les chantiers de la rivière St-Jean et sont revenus le printemps pour aider aux semences. Avec le temps, un peuplement permanent s’installa. De mémoire d’homme, six familles habitaient la région vers 1880. Il s’agit des familles Dionne, Gray, Gendreau, Perrault, Labrie et Moore. Elles vivaient de la culture du sol, de la chasse et de la pêche durant l’été, et l’hiver, elles s’adonnaient au commerce du bois comme tous les cultivateurs du temps et d’aujourd’hui. Fait assez surprenant, le principal gibier de ces années était le caribou, dont on expédiait la peau en Angleterre. Renseignements fournis par M. Tancrède Dionne.

Avec le temps, les gens découvrirent aussi la beauté et la polyvalence du Lac de l’Est, ce qui, combinées avec le déclin de l’industrie forestière, lui donna un important attrait touristique enrichi par la chasse et la pêche.
C’est ainsi, qu’en 1964, le Centre des loisirs du Lac de l’Est a obtenu sa charte et a bâti le camping avec tout l’équipement approprié. Année après année, grâce au travail des bénévoles et à la fidélité des campeurs, le site s’est modernisé pour offrir aujourd’hui un centre de villégiature connu à la grandeur du Québec.

La chapelle du Lac de l’Est

La chapelle du Lac de l’Est, citée monument historique, est un petit édifice en bois érigé en 1926, ayant servi d’établissement scolaire et de lieu de culte catholique. De plan rectangulaire, le bâtiment d’un étage et demi est coiffé d’un toit à deux versants droits.

Un clocher surmonte le faîte avant. La chapelle est située en bordure de la voie publique, à proximité du Lac de l’Est, dans un secteur rural et boisé.
La valeur patrimoniale de la chapelle du Lac de l’Est repose sur son intérêt pour l’histoire des institutions scolaires. L’édifice illustre un aspect de l’histoire de l’enseignement au Québec, celui des écoles de rang.

L’adoption de la loi sur les écoles de fabrique(1824), puis celle des écoles de syndics(1829), témoignent de la volonté de mettre sur pied un système scolaire québécois. Ce n’est toutefois qu’après 1840 que celui-ci voit le jour. Les débuts du système sont difficiles et ce n’est qu’en 1964, à la création du ministère de l’Éducation que les dernières écoles de rang ferment leurs portes au profit de la centralisation des institutions dans les villes et les villages. La chapelle du Lac de l’Est, érigée en 1926 et utilisée comme école jusqu’en 1946, constitue un témoin significatif de ce système scolaire ayant marqué le milieu rural québécois.

La valeur patrimoniale de la chapelle du Lac de l’Est repose aussi sur son intérêt architectural. Elle constitue un exemple représentatif de l’architecture des bâtiments scolaires ruraux du Québec. La loi scolaire de 1899 oblige les commissaires à s’inspirer de plans types distribués gratuitement. L’architecte Elzéar Charest, auteur de ces plans, opte pour une architecture simple d’inspiration vernaculaire, et présentant une fenestration abondante. Les plans du département de l’Instruction publique influencent donc profondément l’architecture des écoles de rang du XXe siècle, qui se distinguent aisément dans la campagne québécoise. La chapelle du Lac de l’Est montre l’adaptation d’un plan type par son volume modeste, son toit à deux versants, son parement en bardeau de cèdre, sa fenestration abondante et la sobriété de son ornementation.

La valeur patrimoniale de la chapelle du Lac de l’Est repose également sur son intérêt historique. Elle témoigne de l’intensification de la colonisation au Lac de l’Est à la suite du développement de l’exploitation des ressources forestières locales au début du XXe siècle. À partir de 1894, le potentiel forestier des environs du lac attire plusieurs entrepreneurs qui dirigent des chantiers, surtout pendant la période hivernale. Le territoire est desservi par le curé de la paroisse de Mont-Carmel qui s’y rend une fois par mois. En 1925, la compagnie Fraser du Nouveau-Brunswick construit un moulin à scie dans le hameau. La présence de cette industrie entraîne l’établissement d’une population permanente dont la présence justifie l’érection d’une chapelle-école en 1926.

La chapelle du Lac de l’Est constitue un des plus anciens bâtiments subsistants dans ce secteur et témoigne de la formation du hameau au début du XXe siècle.